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Description d’un cycle menstruel type

Les troubles du cycle menstruel
Le cycle hormonal et les différentes phases du cycle
La description de l’évolution des différents taux hormonaux ne se conçoit bien que dynamiquement, en gardant à l’esprit les mécanismes sous- jacents (cf. paragraphe régulation) : au début d’un cycle, la FSH, élevée, stimule le développement des follicules arrivé au stade antral. Cette stimulation est source d’une sécrétion d’estradiol par les follicules en croissance, qui exerce progressivement une action inhibitrice sur les taux de FSH. L’estradiol (E2) déclenche le pic de LH, accompagné d’un pic de FSH, suivi de l’ovulation. A ce stade apparaît dans le sang de la progestérone à des taux détectables, qui vont se maintenir pendant environ 14 jours, pour chuter brutalement. L’élévation de la progestérone plasmatique est directement à l’origine du décalage thermique.
Remarque 1: Bien noter l’élévation des taux d’estradiol sanguins au cours de la phase lutéale parallèlement aux taux de progestérone, caractéristique de l’espèce humaine par rapport aux autres espèces.
Remarque 2: Il existe une variabilité importante tant intra- individuelle, avec notamment une modification avec l’âge, que surtout inter- individuelle, avec des différences importantes selon les populations (Ellison, 1996), soulignant l’importance de se fier surtout à la temporalité et la dynamique du cycle obtenu et non pas aux niveaux hormonaux absolus atteints.
Dénominations et datations des périodes du cycle
Phase folliculaire subdivisée en 2 parties
1er jour des règles jusqu’au pic de LH.
Phase folliculaire précoce correspond au processus de sélection du follicule dominant (environ 5 jours)
Phase folliculaire tardive correspond à la phase de dominance avec ascension exponentielle des concentrations d’estradiol.
Phase péri – ovulatoire
Phase correspondant au pic de LH suivi de l’ovulation.
Phase lutéale
2ième partie du cycle allant de l’ovulation au jour précédant les prochaines règles.

Systèmes de datation
en physiologie
Le temps 0 du cycle correspond au jour du pic de LH, les jours de la phase lutéale étant comptés positivement, ceux de la phase folliculaire négativement par rapport à ce temps 0.

en clinique
La période du cycle se compte en jours depuis le premier jour des règles jusqu’au premier jour des règles suivantes.

Origine des sécrétions ovariennes
Un précurseur commun, le cholestérol présent au niveau des follicules ovariens. Ceux – ci sont composés de plusieurs compartiments cellulaires de soutien autour de l’oocyte, respectivement, les cellules de la granulosa, les cellules thécales et les cellules stromales, dont les dispositions relatives se modifient au cours du cycle.

Phase folliculaire :
Le point important à noter est l’organisation particulière concentrique des lieux de synthèse et de stockage au niveau du follicule Seules les cellules thécales sont bordées de vaisseaux, d’où un important " trafic " intercellulaire. La progestérone est indosable dans le plasma.
Liquide folliculaire : rôle d’un milieu de stockage et de concentration de nombreuses sécrétions stéroïdiennes, protéiques et peptidiques diverses. Grandes fluctuations de composition au cours de la phase folliculaire.
Après sélection du follicule dominant, E2 sécrété dans le sang provient quasi- exclusivement du follicule dominant.

Phase lutéale :
Après expulsion de l’ovule et de sa couronne de cellules granuleuses, les cellules restantes s’enchevêtrent et sont pénétrées par des vaisseaux donnant naissance au corps jaune. La progestérone est alors libérée dans le sang à un niveau aisément mesurable.

Conséquences du cycle hormonal – menstruation
Tout la finalité primitive du cycle hormonal est de permettre le développement d’un ovule, de créer les conditions optimales pour sa fécondation puis, une fois fécondé, de permettre sa nidation et de développement de la grossesse. Il en résulte une logique, d’une part, d’actions au niveau des organes cibles génitaux d’une part et, d’autre part, d’actions au niveau comportemental, via des actions sur le système nerveux central (SNC).

La fonction exocrine de l’ovaire : l’ovulation
Le pic de LH induit une reprise de méïose de l’ovocyte, une lutéinisation de la couronne folliculaire et, 36 heures plus tard, une expulsion de l’ovule dans la trompe
Mise en jeu de phénomènes inflammatoires : rôle des PSTG [cf. anomalies d’ovulation chez souris ayant un déficit en cyclo - oxygénase 2 (cox-2), enzyme intervenant dans la synthèse des prostaglandines (Lim et al., 1997)].

Le cycle endométrial
Endomètre : tissu unique dans l’organisme du fait de sa croissance et de son élimination cycliques. Composition : cellules épithéliales glandulaires, cellules stromales, fibroblastes, cellules lymphoïdes et cellules musculaires lisses péri- vasculaires.

Phase folliculaire, dite phase proliférative :
Epithélium palissadique - noyaux riches en récepteurs à E2 et PG, nombreux cils et micro villosités estrogéno- dépendants.
Ovulation : rapide transformation en un épithélium sécrétoire, essentiellement due à l’action de la progestérone, E2 ne paraissant pas nécessaire pour cette transformation. L’implantation de l’ovule fécondé se situe dans une fenêtre de temps précise, entre les jours 20 et 24 du cycle, pendant laquelle des glycoprotéines membranaires d’adhésion cellulaires, les intégrines paraissent jouer un rôle important (Sueoka et al., 1997; Vinatier, 1995).

En phase sécrétoire, aspects évoquant un processus inflammatoire, avec des phénomènes morphologiques particuliers comme l’apparition de " pinopodes " pendant 48 heures au niveau des cellules épithéliales. Interleukine- 1 (IL-1) et VEGF interviendraient dans ces mécanismes.

Les mécanismes de la menstruation (Salamonsen, 1998; Salamonsen & Woolley, 1999)

Dans la conception classique, le primat est vasculaire

La chute des taux de progestérone liée à l’arrêt de fonctionnement du corps jaune est l’élément initiateur : le maintien d’un taux de progestérone en fin de phase lutéale empêche la menstruation ; un antagoniste du récepteur à la progestérone, comme le RU486, en phase proliférative ou sécrétoire du cycle entraîne un saignement endométrial. De même, chez une femme sous contraception orale, un saignement utérin survient en général dans la semaine d’arrêt cyclique de la prise.

Cependant, parmi les mammifères, seules la femme et les femelles singes de l’ancien monde présentent un écoulement menstruel alors que les taux d’estrogènes et de progestérone présentent des chutes similaires dans les autres espèces. Le phénomène de menstruation apparaît donc comme propre aux primates.

Dans cette représentations, les artérioles spiralées, qui sont propres aux primates supérieurs, jouent un rôle spécifique. Mais, démonstration expérimentale formelle chez la femme fait défaut ; absence d’artérioles spiralées en cas d’atrophie endométriale n’empêche pas toujours la survenue d’une menstruation (Hisaw & Hisaw, 1961).

Dans la conception récente, le primat serait une destruction tissulaire

La menstruation serait la conséquence d’un mécanisme de destruction tissulaire lié à l’action d’enzymes particulières agissant sur l’endomètre, les métallo protéinases (MMP), enzymes stimulées par un processus inflammatoire: il existe en effet une augmentation considérable des cellules lympho - myéloïdes dans l’endomètre juste avant la menstruation. Les cellules de la réaction immunitaire humorale (notamment éosinophiles, macrophages et neutrophiles) sont prépondérantes, tandis que les cellules de l’immunité cellulaire (lymphocytes T et B) sont moins nombreuses. Ces cellules produisent une série de molécules régulatrices dont des cytokines et des protéases, qui ne sont libérées, pour certaines, que lors de l’activation de ces cellules. L’hypothèse d’un phénomène initial résultant d’une destruction tissulaire, associée à des mécanismes ancillaires modifiant la coagulation lors de la menstruation, est soutenue par des observations de microscope à balayage montrant que le début du saignement est précédé d’une dégénérescence étendue de la lamina basa qui supporte les cellules déciduales de l’endomètre et les vaisseaux endométriaux.

Les métallo protéinases (MMP) : enzymes de dégradation, zinc- dépendantes, des composante de la matrice extracellulaire. Elles se répartissent en 4 grandes sous- familles :
1. Les collagénoses MMP-1, qui clivent les fibres collagènes
2. Les gélatinasses
3. Les stromélysines MMP-3
4. Des MMP spécifiques d’un type de membrane.

Sécrétées en général sous forme de zymogène inactif, elles sont activées in vitro par de nombreuses protéases naturelles, y compris d’autres MMP, et inhibées par des inhibiteurs spécifiques des métalloprotéinases (TIPMs). Leurs gènes sont régulés, notamment, par les facteurs de croissance, les cytokines, les hormones stéroïdes dont la progestérone, selon des mécanismes propres à chaque tissu et à chaque type de MMP. Au niveau de l’endomètre, l’ARNm des MMP varie de façon marquée entre le 4ième et le 26ième jour du cycle, la localisation des MMP (épithéliale, stromale, leucocytaire) dépendant de leur type. Il a pu être montré, in vitro, que la dégradation d’explants endométriaux, cultivés en absence d’estradiol et de progestérone, est inhibée de façon réversible par des TIPMs. Ces inhibiteurs sont présents tout au long du cycle au niveau des cellules épithéliales et stromales, en particulier dans les zones déciduales. L’augmentation de la production de MMP sans augmentation parallèle de TIPMs jouerait un rôle permissif dans la destruction tissulaire associée à la menstruation.

Dans cette représentation, la chute du taux de progestérone n’aurait pas de rôle déterminant sur l’expression des MMP endométriales, qui dépendrait plutôt de médiateurs locaux produits par les cellules de la réaction inflammatoire, comme TNF-a, IL-1, ET-1, Relaxine, LIF, prostaglandines, TGF-b. Il est intéressant de noter que IL-1, quelle que soit son origine, peut contre-balancer l’inhibition induite par la progestérone des MMP-1 et MMP-3. Ainsi la dégranulation des mastocytes produit des médiateurs aspécifiques (histamine, héparine, cytokines dont TNF-a, IL-1) ou spécifiques (tryptase, chymase) qui peuvent non seulement stimuler la production des MMP-1 et MMP-3 dans des cultures de cellules stromales endométriales, même en présence de progestérone, mais aussi activer des MMP latentes par action d’une tryptase spécifique.

Il persisterait, cependant, une modulation par les stéroïdes ovariens par le biais d’un contrôle sur le processus de recrutement des cellules de l’inflammation: chez l’ovin et le rat, le nombre de leucocytes au niveau endométrial est régulé négativement par la progestérone. De même, il existe un afflux de mastocytes et leucocytes dans l’endomètre humain lors de la chute de progestérone. Les stéroïdes ovariens peuvent moduler le flux de ces cellules migratrices via des chémokines, comme l’interleukine 8 (IL-8) pour les neutrophiles, les cytokines pour les éosinophiles, dont l’éotaxine, localisée notamment dans l’épithélium endométrial. IL-8 et MCP-1 ont été localisées dans les cellules péri-vasculaires des vaisseaux sanguins et augmentent significativement au cours de la phase sécrétoire tardive. In vitro, la progestérone inhibe la synthèse de MCP-1.

De plus, au niveau de l’endomètre, chez la femme, les hormones stéroïdes pourraient également affecter la différenciation et l’activation des leucocytes. Ceci a été montré chez la souris, où l’estradiol stimule et la progestérone inhibe la production de l’enzyme de synthèse du monoxyde d’azote (NO), la NO- synthase et du TNF-a au niveau des mastocytes alors qu’au niveau des macrophages, la progestérone reste inhibitrice et les estrogènes sans effet. La présence de récepteurs à ces deux stéroïdes n’a pu être établie, suggérant un effet indirect, mais cela n’exclue pas la présence de récepteurs de faible affinité sur ces cellules, dans la mesure où il en existe au niveau de nombreuses cellules du système immunitaire.

Ce changement d’approche devrait fournir de nouvelles clés dans la compréhension et la prise en charge de certains troubles associés au cycle, comme les dysménorrhées, ou dans certaines formes de méno - métrorragies survenant sous traitements hormonaux, progestatifs notamment (Vincent et al., 2000), en suggérant des choix de thérapeutiques visant à moduler et/ ou réduire de manière plus ou moins spécifique l’intensité du processus inflammatoire, en le replaçant dans le temps du cycle.

Le cycle mammaire

Tableau II

Identification ces dernières années de deux types de récepteurs aux estrogènes, ERa et ERb, soulève des interrogations nouvelles, qui remettent en cause la vision communément admise. Ainsi, au cours de la croissance pubertaire et au cours du cycle menstruel, la majorité des cellules qui prolifèrent ne contient pas de récepteurs de type ERa (Clarke et al., 1997a; Clarke et al., 1997b).

Idée, au niveau mammaire, de deux mécanismes distincts de réponses aux oestrogènes, le premier stimulant indirectement la croissance épithéliale via la production de facteurs de croissance au niveau des cellules stromales présentant des ERa (moins de 20%); le second plus direct via des récepteurs ERa sur des cellules épithéliales, stimulées aux faibles concentrations d’estradiol avec induction d’un récepteur à la progestérone (Saji, 2000). L’expression des récepteurs ERb est, par contre, non univoque avec plusieurs variants ; les effets passant par l’activation de ce récepteur paraissent distincts de ceux passant par l’activation des récepteurs ERa .

L’effet propre sur la glande mammaire de la progestérone en phase lutéale reste encore non définitivement établi. Toute une série de travaux expérimentaux suggèrent que, dans certaines conditions, la progestérone peut prévenir l’action des oestrogènes, mais les données in vivo, chez la femme, sur des études à large échelle restent limitées et indirectes. En phase lutéale, la prolifération des acini et l’effet anti- oedémateux sont classiquement attribués à la progestérone. S’il est bien établi que des marqueurs de mitoses et/ ou division cellulaire, comme le Ki67 (Söderqvist et al., 1997), atteignent leur acmé au début de la phase lutéale du cycle, les parts respectives de l’imprégnation estrogénique, de la progestérone, et de leurs interactions possibles, n’ont pas encore fait l’objet d’un consensus. Ce pic d’activité proliférative est suivi environ 3 jours plus tard d’une activité maximale apoptotique des cellules épithéliales. Il semblerait qu’il existe, à partir de la puberté et jusque vers 35 ans, un léger déséquilibre à chaque cycle entre la voie proliférative et le processus apoptotique, en faveur du premier, déséquilibre qui disparaît après l’âge de 35 ans en situation normale (Osborne, 1996).

Le rôle de l’activation des récepteurs à la progestérone est en cours de ré - évaluation. Des récepteurs à la progestérone (PR) sont retrouvés sur les cellules contenant des ERa. L’induction de ces récepteurs par les estrogènes survient à des doses beaucoup plus basses que celles requises pour la prolifération cellulaire. Par contre, les cellules présentant des récepteurs ERb ne semblent pas induire de récepteurs à la progestérone dans des conditions normales. Cependant, sur des modèles de souris déficientes en ERa, il a pu être montré que l’activation du récepteur ERb pouvait induire des récepteurs à la progestérone en cas d’exposition à des taux très élevés d’estradiol comme au cours de la grossesse.

Autres fluctuations liées au cycle menstruel

Systèmes hormonaux

De nombreux systèmes hormonaux présentent des fluctuations de leurs niveaux sanguins ou plasmatiques au cours du cycle menstruel, avec souvent des niveaux plus élevés en corrélation étroite avec la hausse des niveaux d’estradiol, culminant en fin de phase folliculaire et de phase péri- ovulatoire, comme pour la prolactine, les androgènes, l’hormone de croissance (concentration moyenne plasmatique et taux de production par 24 heures) (Ovesen et al., 1998), la Leptine (Hardie et al., 1997; Riad- Gabriel et al., 1998; Shimizu et al., 1997). Une corrélation étroite a été décrite entre les taux de leptine et les taux de LH plasmatiques (Teirmaa et al., 1998).

Systèmes non hormonaux

Il a été également décrit une liaison significative avec les phases du cycle de fonctions physiologiques variées comme l’effet thermique de la nutrition (Tai et al., 1997), le seuil de perception de la douleur plus élevé en phase folliculaire (Riley et al., 1999), la perception de stimuli de nature sexuelle (Krug et al., 2000), l’humeur.

Certaines de ces actions pourraient être directement liées à des modifications morphologiques touchant les interactions neurones- glie et les connexions neuronales dans le système nerveux central, mises en évidence chez l’animal (Flores et al., 1999; Naftolin et al., 1996). Le degré de réactivité de certains territoires neuronaux varie au cours du cycle, avec une augmentation de la sensibilité aux crises épileptiques et une baisse de la réponse aux benzodiazépines lors de la transition lutéo- folliculaire, en fin de cycle (Moran et al., 1998; Moran & Smith, 1998). La progestérone joue un rôle dans ces phénomènes (cf. § régulation).

     
 

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